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Fille de Joie, Femme de Lettres : The Bureau, Part 1

Il y a ce type au bureau, que j’ai une furieuse envie de baiser. Il le sait, et il en joue, le bougre.

Il y a eu cet étrange électricité entre nous, lorsque nous avons été présentés, au détour d’un couloir, par le chef de projet. Ce dernier, tout en bonne humeur forcée, respirait l’angoisse. Si le projet capote, c’est lui qui trinque. Nous on s’est serré la main, les yeux dans les yeux, et immédiatement, il y a eu ce « je sais que tu sais, et tu sais que je sais, que je te croquerais bien, là tout de suite, mais attends, on va faire semblant de pas le savoir ».

Depuis, la tension monte, sans même qu’on se drague. On se réunit deux fois par semaine, lui toujours pro, petites lunettes sourire entendu, moi tailleur strict, ayant beaucoup de mal à ne pas me tortiller sur mon siège en sa présence. Et on bosse. Son département et le mien doivent travailler de concert sur une étude de marché, c’est mon occasion de briller, et je vais pas la louper. Sauf que j’ai un mal fou à ne pas utiliser d’expression dont le sens pourrait porter à confusion; quand son parfum, dans la salle de réunion, arrive à mes narines, je bégaye un peu, ma langue fourche et je n’arrive plus à le regarder en face. Cela semble l’amuser beaucoup.

Parfois il parle et je ne l’écoute pas, je zoome sur ses lèvres dans une surdité totale, et je crois que dans ces moments là j’ai la gueule d’un Gros-Minet hypnotisé par Titi, option pourléchage de babines en moins. Il me regarde alors avec une lueur de satisfaction qui me rend folle, de rage et de désir. C’est absolument vicieux.

Donc la semaine dernière, quand le rapport a enfin été fini, relu, validé, et adressé par mail à Chef-Qui-Tremble, je me suis dit, rassemblant mes affaires et avisant sa silhouette qui quittait le bureau : « Toi mon gars tu as assez joué, il est temps que tu passes à la casserole ». J’ai donc résolu sur le champ de me transformer en prédatrice-in-ze-office, mode fatal, et sorti la tenue de chasse : cils charbonneux, bouche rouge et humide, sous-vêtements de guipure sous blouse de soie négligemment entr’ouverte, jupe fendue, talons fins mais pas trop (faut pas faire fantasmer tout le monde non plus. Le comptable pervers qui me reluque en clignant des yeux et porte sa ceinture 15 cm au dessus du nombril me fait moyennement envie).

Et depuis je guette.
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